OK
fr | en

Métiers d’art, Arts Décoratifs et Design – Des démarches qui se croisent pour sublimer nos intérieurs

CD35_412 - copie

Selon Ateliers d’Art de France, le syndicat professionnel des métiers d’art, « l’exercice des activités de métiers d’art se caractérise par quatre critères cumulatifs :

  • La maîtrise de gestes, de techniques et de savoir-faire complexes en vue de la transformation de la matière ;
  • Les œuvres ou objets réalisés nécessitent un apport artistique et portent l’empreinte de leur créateur et de l’atelier dont ils sont issus ;
  • Les œuvres ou objets sont réalisés dans leur intégralité à l’unité, en pièces uniques ou en petites séries ;
  • Les œuvres ou objets sont par nature durables. »

Cette énumération trace les contours d’une notion délicate à appréhender. Elle implique un équilibre, la réunion en juste proportion du savoir-faire technique et de la recherche artistique. La maîtrise d’une suite de gestes, d’un ensemble de techniques de transformation de la matière, s’accompagne d’une réflexion sur le rapport de l’objet à son environnement, à celui qui le regarde, qui l’utilise. La matière, la forme, la couleur, la lumière, sont convoquées de concert sans que l’une ne prenne le pas sur les autres. Les pièces uniques ou de petite série se distinguent par leur facture d’exception et l’émerveillement qu’elles ne manquent de susciter.

Les métiers d’art, en tant que savoir-faire, sont issus de traditions anciennes. Les techniques, se perfectionnent et se multiplient, naissent les unes des autres. L’artisan explore sa discipline sans en renier les fondements. Là où la recherche esthétique, artistique, peut conduire à des ruptures violentes, le travail de la matière se nourrit du passé et implique une continuité.

Longtemps apanage des artisans, la production de pièces décoratives a été bouleversée par l’industrialisation. La fabrication mécanique est venue concurrencer voire supplanter pour une part importante la fabrication artisanale, et la figure du designer, concepteur d’objets destinés à une production de série, a pris le pas sur celle de l’artisan, facteur de pièces uniques ou de séries limitées.

Pourtant, loin d’avoir tué la créativité, le design industriel aura permis le développement d’une réflexion novatrice sur le rôle de l’objet d’art et du mobilier, l’expérimentation de nouvelles matières, l’exploration des formes en rapport avec la fonction. Cet enrichissement bénéficie aujourd’hui à la création artisanale qui peut y puiser une partie de son inspiration. Au-delà du design industriel, attaché à la conception de produits manufacturés, s’est également développé un design d’auteur, qui privilégie le travail à taille humaine, fait appel au travail d’artisans et de techniciens hautement qualifiés, issus de différents métiers. Ce design tire profit de et met en avant le savoir faire artisanal, qui constitue la trame des arts décoratifs. Emmanuel Levet Stenne dont le travail en collaboration avec Isabelle Sicart, céramiste, est souvent mis à l’honneur à la galerie en est un très bon exemple. Il cherche dans ses créations les proportions justes mais également à exploiter pleinement les qualités expressives et esthétiques des matériaux utilisés.

Si les progrès industriels ont participé à l’évolution des métiers d’art, ils se sont également enrichis des réflexions conceptuelles des différents mouvements artistiques qui voient le jour au milieu du XXème siècle. Certains de ces mouvements (Bauhaus, De Stijl, le minimalisme) ont entrepris des réflexions théoriques appliquées à tous les domaines de la création, tendant à atténuer la distinction traditionnelle entre beaux-arts et arts décoratifs. Ils ont contribué à libérer les créateurs de pièces de mobilier de certaines contraintes qui pouvaient peser sur eux du fait de l’idée que le public se faisait de ce que devait être une table, une lampe ou un fauteuil. Le foisonnement artistique du XXème siècle a contribué à libérer le champ d’expression des créateurs. Ce décloisonnement des disciplines peut aller jusqu’à l’application purement artistique de techniques issues des arts décoratifs. Manuela Paul-Cavallier utilise ainsi la dorure à la feuille non pas pour agrémenter des meubles ou des cadres mais comme matière première d’une recherche esthétique sur l’ombre et la lumière.

Cette impulsion nouvelle, la liberté gagnée par l’artiste dans la conception de l’objet d’art, invite à reposer la question de la part respective du savoir-faire technique et de l’inspiration artistique dans les arts décoratifs contemporains. L’artiste, en s’appuyant sur son savoir-faire technique, développe un langage propre. La maîtrise technique de l’artiste lui permet d’exploiter les possibilités expressives et esthétiques de la matière, composant à partir d’elle un discours artistique unique. Ce savoir-faire, qui permet à l’artiste de ne pas être contraint par la matière, le place devant un choix. Le rapport même de l’artiste à la matière est multiplié.

L’artiste peut choisir de contraindre la matière à son tour, de la plier à sa volonté. Le medium s’efface alors derrière l’objet fini. La matière et sa mise en œuvre sont au service du discours artistique et peuvent s’effacer derrière les qualités esthétiques de l’œuvre produite. Le laiton poli mis en œuvre par Mydriaz devient une surface abstraite en interaction constante avec la lumière. Mais au contraire, le créateur peut choisir de se laisser guider par la matière, en faire le cœur de sa création et du discours esthétique qu’elle véhicule.

A l’image d’un peintre, un céramiste ou un souffleur de verre peut utiliser un médium partagé avec d’autres artistes, passés ou présents, pour élaborer une œuvre singulière. Cette liberté nouvelle, l’individualité qui se dégage de chaque création, et l’emploi de techniques inaccessibles à la production industrielle, permet aux métiers d’art de réaffirmer leur place dans la création des arts décoratifs contemporains. Ils témoignent d’une forte attache à leurs racines et d’un véritable élan créateur incarnant ainsi le lien entre culture du passé et audace de l’innovation. Leur rôle est tel dans la société française qu’ils ont enfin reçu une reconnaissance législative avec la Loi Artisanat, Commerce et TPE du 18 juin 2014. La galerie Carole Decombe s’efforce depuis sa création de les soutenir en accompagnant dans leur démarche créative souffleurs de verre, bronziers, céramistes…autant d’artistes qui puisent dans leurs disciplines respectives les ressources d’une création résolument personnelle et contemporaine.

Charles B.

Posté le 18 octobre 2016