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Le verre, une histoire de Seattle à Paris

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Le verre, une source d’inspiration historique

Le verre est un matériau utilisé par l’homme depuis des milliers d’années. En effet, les premiers objets, à fonction utilitaire et décorative, sont conçus à partir d’obsidienne, un verre d’origine volcanique présent dans la nature.

L’usage de récipients en verre date d’environ 1500 ans av. J.-C., ces derniers apparaissant simultanément en Mésopotamie et en Egypte. Matériau rare et précieux, les créations restent de petite dimension, leurs couleurs sont variées et vives mais toujours opaques pendant plus de deux mille ans. Les techniques principales employées pour les périodes les plus anciennes sont le moulage et le modelage sur noyau d’argile. Des opérations à froid, telles que l’abrasion et le polissage, permettent quant à elle la réalisation de finitions. L’origine du verre transparent remonte en l’état de nos connaissances au Ve siècle av. J.-C. et serait originaire de Perse.

L’apparition du verre soufflé vers le Ier siècle av. J.-C. dans la région syro-palestinienne permet d’accroître la production grâce à sa rapidité d’exécution. La technique, qui se diffuse rapidement dans tout l’Empire romain grâce aux réseaux d’échanges et de migrations, consiste à transformer du verre en fusion par soufflage dans des moules. L’idée de souffler cette « bulle » dans des moules ouvrants permet l’obtention et la reproduction d’une infinité de formes. Si le moule est sculpté en bas-relief, un décor est obtenu simultanément à la forme.

Le verre au Moyen-Age connait ses plus belles réalisations grâce à l’art du vitrail, tandis que l’Orient se caractérise par une production somptueuse de lampes de mosquée en verre émaillé. Cette époque reste marquée par le génie des hommes du verre plat et la splendeur de leurs vitraux.

Le verre connait en Italie, à la Renaissance, un véritable âge d’or. Lorsque les ateliers sont regroupés sur l’ile de Murano au XIIIe siècle pour des questions de sécurité et de contrôle, la Guilde des verriers est déjà très puissante et renommée par delà les frontières. Son succès s’explique par la mise au point du verre « cristallo », réputé pour sa transparence et sa finesse, et par la peinture à l’émail qui permet d’illustrer le verre de portraits ou de scènes narratives. 

Aux XVIIe et XVIIIe siècles la France, dont le prestige est si important pour les arts, le mobilier, l’orfèvrerie et la céramique, produit quelques très beaux objets utilitaires en verre mais très peu de pièces somptueuses et décorées. Au XVIIIe siècle, on goûtait parfois plusieurs vins au cours d’un même repas, mais l’idée de présenter sur la table une série de verres, chacun pour un usage approprié, se diffuse au début du XIXe siècle.

Le XIXe siècle est marqué par l’industrialisation, liée aux développements de la chimie et de technologie moderne. Ce phénomène, qui conditionne la création artistique, n’empêche toutefois par la production de luxe de perdurer. Les objets sont signés et de grands noms apparaissent tels que François-Eugène Rousseau, Emile Gallé, ou Lalique quelques années plus tard. 

Après la Seconde Guerre mondiale, des évènements majeurs comme les expositions de la Triennale de Milan font référence en matière de design et d’art décoratif. Elle signe notamment le retour du verre de Murano, porté entre autre par l’atelier Venini, mais également l’émergence de manufactures scandinaves et de l’école tchécoslovaque. Ces trois pôles de création sont à l’origine de créations originales faisant collaborer art et industrie. 

Les années 60 correspondent à l’émergence de créateurs indépendants, portée par les écoles américaines. En véritable pionniers, ils mettent au point des outils miniaturisés permettant d’expérimenter le travail du verre hors des contraintes commerciales.

Seattle et Dale Chihuly révolutionnent l’art du verre

L’art verrier est l’une des spécialités de l’état de Washington et notamment de la ville de Seattle. Si sa renommée est principalement due à l’artiste amérindien Dale Chihuly, c’est à son maitre, Harvey Littleton, que nous devons le développement d’un art du verre telle que nous le connaissons aujourd’hui. Céramiste et artiste verrier de renom, Littleton initia en effet l’American Studio Glass Mouvement au début des années 70. Ses œuvres sont aujourd’hui exposées dans le plus grands musées du monde, du Museum of Modern Art à New-York, au Victoria and Albert Museum de Londres. Consacrant le verre comme medium artistique à part entière, il inventa après des années de recherche une manière nouvelle de souffler le verre, l’émancipant ainsi du carcan des productions industrielles de masse, affirmant des créations plus personnelles et généralement uniques.

Né en 1941 à Tacoma, Wash., Dale Chihuly découvre le verre en étudiant l’architecture d’intérieur à l’Université de Washington. Diplômé en 1965, il participe au premier atelier de travail du verre à l’Université du Wisconsin. Il poursuit ensuite ses études à la Rhode Island School of Design. Il y crée plus tard une formation d’artiste verrier, où il enseigne pendant plus de dix ans.

Il obtient en 1968 la Fulbright Fellowship et part travailler à la prestigieuse verrerie Venini de Venise. Il s’y familiarise avec le travail collectif du verre soufflé, technique caractéristique de son travail, encore aujourd’hui. Il fonde en 1971 la Pilchuck Glass School qui devient rapidement un centre international du travail du verre et lui permet de sensibiliser l’avant-garde au développement de l’art verrier en tant que beaux-arts. Pilchuck, qui est au départ un workshop estival, devient rapidement un centre artistique permanent attirant des maîtres verriers partout à travers le monde. L’école est aujourd’hui un carrefour d’influences artisanales diverses venues du monde entier.

Exploitant le feu, la gravité, le souffle et la force centrifuge, ce maître accompli jongle avec les couleurs, les reflets et les formes organiques tout en imaginant des effets de répétition, d’accumulation, de superposition et l’agencement de divers éléments modulaires et singuliers pour créer un rythme et des effets visuels sans pareils.

Son oeuvre, récompensée de plusieurs prix, a aujourd’hui rejoint les collections de plus de 200 musées partout dans le monde, parmi lesquels, le Victoria & Albert de Londres et le Musée des Arts décoratifs de Paris qui lui a consacré une exposition en 1986. Parmi ses oeuvres les plus connues, Cylinders and Baskets dans les années 70, Seaforms, Macchia, Venetians et Persians dans les années 80, Niijima Floats et Chandeliers dans les années 90… Il est également très réputé pour ses installations architecturales monumentales.

« Le Verre Inspiré », Armelle Bouchet O’Neill et Sean O’Neill, de Seattle à Paris

Dans le cadre des évènements « Flâner au carré », organisés par le Carré Rive Gauche, et le Parcours des Arts du Feu et de la Céramique, la galerie Carole Decombe inaugurera cet automne « Le Verre Inspiré, de Seattle à Paris », du 11 septembre au 14 octobre 2017. Elle présentera ainsi le travail de deux artistes verriers américains Armelle Bouchet O’Neil et Sean O’Neil, une occasion inédite de découvrir leurs oeuvres, exposées pour la première fois en France.

Armelle Bouchet O’Neill est originaire de la Montagne Noire, un massif montagneux du sud de la France. Elle a su, en grandissant dans cette région isolée, tisser des liens forts avec son entourage. Elle a grandi, par l’intermédiaire de ses parents, dans un environnement particulièrement créatif qui l’inspire encore aujourd’hui. Après la découverte de sa passion pour le verre, elle a travaillé et collaboré avec de nombreux ateliers du sud de la France, avant de partir étudier au Danemark, au Royal Danish College of Art. Elle a reçu en 2007 la prestigieuse bourse d’étude Lino Tagliapetra pour partir étudier à la Pilchuck Glass School de Washington, USA, dont l’émulation artistique l’a particulièrement marquée.

Inspiré par la relation de l’homme à son environnement, le travail d’Armelle bouleverse les codes en n’abordant non plus notre impact sur la nature, mais comment celle-ci nous touche et nous submerge d’un point de vue personnel et social.

Les courbes se développent de manière organique, évoquant les lignes accidentées d’un terrain, d’un sol. Des lignes abstraites surgissent, sources de lumière, et prennent la forme d’un paysage topographique. Véritable ode à la beauté, le travail d’Armelle Bouchet O’Neil est un hommage à la diversité et à la grâce de la nature, jouant de la texture des matériaux et de la manière dont ils absorbent ou reflètent la lumière.

 C’est à la Pilchuck glass school qu’elle rencontra son mari Sean O’Neil, cet été fut particulièrement décisif pour elle. Elle est rapidement devenue un membre important de la communauté des souffleurs de verre de Seattle et du Nord-Ouest Pacifique, où elle enseigne depuis 2009.

Sean O’Neill est un artiste verrier américain, qui vit et travaille à Seattle.

Sean découvre le verre très tôt et débute son apprentissage à l’âge de 16 ans. En 2005, il reçoit son Bachelor of Fine Art. Il étudie, puis devient instructeur, à la Pilchuck Glass School, un centre d’enseignement des arts verriers à la renommée internationale, dont il fera également partie du conseil d’administration.

Lorsqu’il commence sa carrière professionnelle, il rejoint l’équipe de Benjamin Moore Inc, un des ateliers verriers les plus prééminents des Etats-Unis. Là, il travaille aux cotés d’artistes pionniers et devient lui-même l’un des principaux souffleurs de verre de la compagnie. Plus tard, il travaille au sein du département de sculpture de l’Université de Washington. 

Le travail de Sean O’Neill interroge les phénomènes de la Nature et met en relief,  au propre comme au figuré, les forces physiques qu’on y observe.Dans son atelier, il explore le passage du temps et ses manifestations sur le monde qui nous entoure.

Sean et Armelle vivent et travaillent désormais à Seattle où ils ont trouvé un réel sens de la communauté, et de la transmission, ainsi qu’un goût pour l’audace et la créativité qui dépasse les carcans parfois trop rigides des traditions verrières séculières d’ Europe. Si leurs pièces sont de facture différente, elles partagent une même inspiration : la Nature. C’est dans notre environnement, et la manière dont celui-ci se transforme, sous les influences du temps ou de l’activité humaine, qu’ils puisent les motifs, organiques ou topographiques, de leur décor. Ils les transposent sur le verre soufflé dans un travail délicat de gravure. Armelle crée des pièces soufflées et des panneaux de verre plats décoratifs qu’elle creuse, sable, sculpte. Elle y incise des lignes, jouant de la transparence de la matière et de la lumière… Le dessin gravé devient un paysage, ce sont les méandres d’un fleuve, les fines nervures d’une feuille ou d’une graine. Les oeuvres de Sean sont plus abstraites. Lui aussi utilise la technique du verre gravé, il façonne des plats de verre, d’abord travaillés à chaud en couches successives de couleurs. Puis, lors du le travail à froid, il exécute le décor. Utilisant la pierre, le diamant, il creuse la matrice révélant les couleurs sous-jacentes. Apparaît alors un décor sensible, où formes et couleurs se confondent.

Posté le 25 août 2017