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Intérieur scandinave

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Du 24 septembre au 24 novembre 2015, la galerie Carole Decombe présentera un intérieur d’inspiration scandinave. Mobilier, céramiques et luminaires de designers danois et suédois seront rassemblés – l’occasion ici de rappeler ce qu’est un intérieur scandinave, ce qu’il évoque et quels en sont les codes et les inspirations.

Un intérieur scandinave se révèle dans des caractéristiques et des associations d’éléments particuliers, reflets d’une pensée, voire d’une philosophie, spécifique aux pays du Nord. Il est marqué par l’importance des matières premières, souvent naturelles, la recherche de confort, de fonctionnalité et d’esthétisme, le tout pensé selon une approche démocratique.

A proprement dit, les pays scandinaves sont au nombre de trois : Suède, Danemark et Norvège. Mais Finlande et Islande peuvent parfois les rejoindre dans l’imaginaire collectif, tant ces pays ont des histoires culturelles et économiques proches, et tant leurs traditions artisanales peuvent sembler communes.

Dans ces pays, la notion de foyer est primordiale. Depuis toujours, c’est un refuge contre le climat souvent rude et le manque de lumière. En hiver, on y passe beaucoup de temps. La recherche de confort domestique est donc fondamentale et l’intérieur doit être un cocon. Il doit être « douillet » – terme que l’on peut utiliser pour traduire le mot et concept danois d’« Hygge », évoquant une sorte de tendresse ou de joie dans le bien-être. Il y a donc dans les pays scandinaves une véritable et très importante culture domestique dont le design de la première moitié du XXème siècle est l’héritier. Né dans les années 20 et popularisé dans les années 50, il témoigne d’une tradition et de savoir-faire artisanaux qu’il a su conjuguer aux techniques modernes de production ainsi qu’aux idées et postulats de son époque :

La notion d’ « Hygge » se retrouve, premièrement, dans l’utilisation de matériaux naturels : les tissus, revêtements de meubles, coussins, tapis… doivent être doux et apporter de la chaleur à l’intérieur. Les matières naturelles sont privilégiées, comme la laine, le feutre, le cuir… dans des couleurs douces et claires. Pin, hêtre, chêne ou encore acajou, le bois est omniprésent. Les scandinaves l’utilisent depuis toujours, principalement parce qu’il est une des matières premières les plus disponibles – souvent juste au dehors de la maison. (L’autosuffisance est un principe fort des pays nordiques, qui dans le passé, et de par leur superficie, ont dû s’adapter à une certaine forme d’isolement). Mais c’est aussi parce que, guidés par un goût pour la nature et une certaine idéalisation de la vie rurale, ils en apprécient les qualités intrinsèques. C’est un matériau chaleureux, qui se travaille facilement et qui offre des possibilités nombreuses.

Ce lien fort à la nature est également visible dans l’utilisation privilégiée des motifs inspirés de la faune et la flore et qui ornent souvent les tissus et les objets, ou bien encore dans les formes organiques imaginées par les designers.

Si la nature inspire, elle peut aussi poser problème. Au Nord, la lumière manque. A Copenhague, par exemple, l’ensoleillement quotidien moyen par an est de 4 heures et 30 minutes seulement. Les designers ont donc fait la part belle à la lumière artificielle. Tous ou presque ont dessiné lustres, appliques, lampes ou bougeoirs et ont su conjuguer fonctionnalité et créativité, dans les formes, les matières, les couleurs.

La recherche de fonctionnalité est un autre grand principe du design scandinave et du modernisme des années 30. Le mobilier domestique doit être pratique avant tout, il répond à une fonction, cherchant à améliorer la vie quotidienne. Cela passe par la simplification des formes, qui sont épurées et adoucies. Cette tendance très moderne vient pourtant d’une tradition : au nord de l’Europe, par le passé, il fallait économiser les matériaux, peu nombreux, pour la conception de pièces de mobilier. C’est ce passé de disette matérielle qui a influencé le développement d’un certain essentialisme dans le design scandinave.

Pour autant, jamais la recherche esthétique n’est laissée pour compte, et si les lignes et formes sont simplifiées, elles restent très graphiques. Savoir combiner fonction pratique d’une part et recherche de la beauté et de la forme artistique de l’autre est la clef de voûte des intérieurs scandinaves, où tout objet ou meuble doit provoquer une satisfaction émotionnelle, être un plaisir de chaque jour.

Ce plaisir doit, de plus, être accessible à tous. Objets et meubles sont des enrichissements du quotidien. Mais ici pas d’ostentation, ils doivent être abordables. Il s’agit alors d’une pensée démocratique, humaniste visant à un idéal social. Au début du XXème siècle, l’écrivaine féministe suédoise Ellen Kay disait déjà qu’« un bel environnement domestique ne peut que contribuer à rendre les gens plus heureux ». Avec le développement de l’industrie et de la production en série, qui ne cède rien à la qualité et à la durabilité – autres maître mots du design scandinave -, cet idéal peut être atteint. C’est à cette éthique scandinave, précurseur, que l’on doit également la « forte » présence des femmes parmi les artistes designers. Nanna Ditzel, Kerstin Hörlin Holmquist ou Grete Jalk, pour n’en citer que quelques unes, ce sont elles souvent qui apportent le plus de fantaisie et d’ humour dans les créations.

Les intérieurs scandinaves sont donc le résultat d’une recherche multiple, entre tradition et modernité, visant à un équilibre entre forme et fonction, couleur et texture, longévité et coût. Un florilège d’idées que la galerie Carole Decombe mettra en scène, à partir du 24 septembre, en exposant les œuvres de Bjorn Wiinblad, Grete Jalk, Gunnar Nylund, Hans-Agne Jakobsson, Wilhelm Lauritzen, Axel Einar Hjorth, Nanna Ditzel (photo) ou encore Philip Arctander.

Cécile J.

Posté le 17 septembre 2015